Invité politique · 1 oct. 2026 · 8:26
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Erwan Balanant, député du Mouvement démocrate (MoDem) du Finistère, est sans appel : « Depuis trop longtemps, on a caché cette violence, on l'a étouffée. » Le rapporteur du volet consacré aux enfants de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles insiste sur la nécessité d'un entretien annuel de chaque élève – de la maternelle à la majorité – afin de recueillir la parole des victimes mais qu'en l'état, « on n'est pas capable de former les 10 000 infirmières supplémentaires qu'il nous faut dès la rentrée prochaine ». L'élu revient également sur sa position concernant le budget 2027 et les efforts à demander au nom de la justice fiscale et sociale.
La proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, avec ses plus de 1 200 amendements, arrive dans l'hémicycle. Vous êtes le rapporteur spécifiquement chargé du volet consacré aux enfants. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Est-ce qu'on a attendu trop longtemps avant d'agir ?
Erwan Balanant : C'est sûr que la question des violences faites aux enfants a longtemps été un angle mort dans notre société et un angle mort des politiques publiques. C'est évident. Depuis trop longtemps, on a caché cette violence, on l'a étouffée, on l'a mise sous la couverture. Et quand je dis « sous la couverture », vous voyez ce que je veux dire : c'est que ces violences ont lieu principalement dans la famille, dans le cercle familial. C'est dans le cercle familial qu'interviennent 75% des enfants victimes de violences, voire peut-être même 80%. Donc oui, je crois que notre société doit profondément évoluer sur cette question-là. On doit avoir une révolution sociale et sociétale sur les violences faites aux enfants. Cent soixante mille enfants, ce sont 160 000 victimes qui, pendant toute leur vie après, vont souffrir de ces traumatismes. Donc oui, on doit avoir un changement complet de paradigme sur la question de l'enfance et sur la question de la protection de l'enfance dans notre société.
Une des mesures phares porte sur le recueil de la parole des victimes : l'article 30 instaure un entretien annuel de chaque élève, de la petite section maternelle à la majorité. Vous avez d'abord supprimé en Commission spéciale son caractère obligatoire. Puis, vous avez déposé un nouvel amendement pour le réintroduire. Pourquoi ce changement ?
Vous savez, moi je suis assez pragmatique et c'est parfois un défaut. Je suis pourtant assez déterminé sur ces questions-là. Très déterminé même, mais je ne souhaitais pas initialement que l'on fasse une promesse qu'on ne pourrait pas tenir. Et donc, je partageais complètement le principe.
C'est une question d'argent quand vous dites « promesses non tenues » ?
Non, c'est pas une question d'argent justement. Ce n'est pas qu'une question d'argent. Parce que si c'était qu'une question d'argent, on sait tous les bénéfices que l'on ferait – et que l'on devra faire d'ailleurs – d'avoir une vraie politique de l'enfance. Parce que tous les enfants qui ne seront pas victimes sont des enfants qui – excusez-moi de l'expression, elle est horrible – mais ce sont des enfants qui nous coûteront « moins cher » dans leur vie d'adulte parce qu'ils iront mieux et parce qu'ils n'auront pas tous ces traumatismes. Donc, ce n'est pas qu'une question d'argent, c'était une question de principe de réalité. On ne serait pas capable de former les 10 000 infirmières supplémentaires qu'il nous fallait dès la rentrée prochaine si nous tenions, si nous inscrivions ce caractère obligatoire dès la rentrée prochaine. Par contre, sur le principe d'une école à l'attention permanente des enfants, d'une école de l'écoute et d'une école qui, pour le coup, doit faire sa révolution sur ces sujets-là, moi, je partageais complètement les objectifs. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que je portais aussi ce texte. Moi, je suis un des co-auteurs avec de nombreux d'autres députés de ce texte transpartisan sur la loi intégrale. Donc, on a retravaillé, on a trouvé non pas un compromis, mais on a trouvé un cap. On s'est donné un cap et on l'a fait avec les associations. On s'est vu beaucoup, parce que les associations savaient aussi mon intérêt et mon attachement à ce dispositif. Et nous nous sommes mis un cap, c'est-à-dire que pour 2032, nous essaierons d'atteindre cet objectif d'un entretien annuel obligatoire. Et entre-temps, l'idée est aussi de se mettre au travail tout de suite : dès les prochaines rentrées, pouvoir avoir au moins un entretien primaire, maternel, collège, lycée. On met en place le dispositif, parce qu'il est nécessaire et on va pouvoir repérer, faire de la prévention.
Les associations reprochent de faire davantage reposer la détection des violences sur la parole de l’enfant. Comment détecter un enfant victime qui ne témoignera pas spontanément ?
Les associations, aujourd'hui, je ne crois pas qu'elles me fassent de reproches, puisque nous avons réussi collectivement, avec toutes les associations et les syndicats d'infirmiers et d'infirmières, à trouver une écriture saluée par toutes ces associations. Le sujet était qu'il fallait que l'on travaille, tout simplement, à trouver une solution. Et moi, la solution, elle est simple : c'est qu'on ait, dans chaque école, un référent, ce qui n'était pas prévu initialement et qui a été salué comme idée. Cela permet une chose : quand un enfant veut parler et qu'il ne veut pas attendre son entretien, il pourra le faire à ce moment-là, parce qu'il aura un référent avec qui il pourra prendre un re