Invité politique · 2 oct. 2026 · 8:17
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Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot à la tête de l’association #Mendors pas Stop à la soumission chimique entend lutter contre un « fléau de santé publique ». «Toute la difficulté pour les victimes est de se rendre compte qu'elles ont été droguées à leur insu et de pouvoir raconter ce qu'elles ont vécu car la soumission chimique utilisée par les agresseurs leur enlève une partie de leur histoire », alerte celle qui n'a cessé d'alerter, d'informer et de sensibiliser le grand public.
RFI : Caroline Darian, vous êtes très vite sortie du silence. Un livre d'abord sur le choc de l'arrestation de votre père, puis vous avez décidé d'agir, de prévenir, de militer en créant en 2023 cette association #Mendorspas, qui lance une grande campagne de sensibilisation à la soumission chimique cette semaine. C'est quoi exactement, cette soumission chimique ?
Caroline Darian : La soumission chimique, c'est le fait de droguer une personne à son insu ou sous la menace à des fins de crime et majoritairement des fins de crime sexuel. Donc c'est vrai qu'en 2020, quand je découvre que ma famille est frappée par ce fléau, je me jette un peu à corps perdu dans cette croisade pour essayer de comprendre ce mode opératoire qu'a utilisé mon père. Et rapidement, en me renseignant auprès d'experts, notamment le docteur Leïla Chaouachi , je vais me rendre compte que ce n'est absolument pas un cas isolé, ni un fait divers, et que derrière, c'est un véritable enjeu de santé publique. Et c'est la raison pour laquelle j'ai vraiment souhaité d'abord lancer un mouvement de prévention qui est devenu rapidement une association #Mendorspas, Stop à la soumission chimique. Et derrière, on n'a, depuis quatre ans, cessé d'alerter, d'informer et de sensibiliser le grand public, mais aussi les professionnels de santé sur ce mode opératoire qui est l'arme, en tout cas l'arsenal privilégié des agresseurs sexuels.
Parce que c'est bien ça dont il est question : des agressions invisibles que les victimes ne peuvent pas dénoncer parce qu'elles ne s'en rappellent plus ?
En fait, il y a plusieurs cas de figure. Il y a des victimes comme ma mère, qui n'ont aucun souvenir ni réminiscence. Et puis, il y a des victimes, en fonction des substances qui vont leur être administrées, qui vont avoir des flashs ou des souvenirs un peu nébuleux. Mais toute la difficulté pour les victimes, c'est de se rendre compte qu'elles ont été droguées à leur insu et de pouvoir raconter ce qu'elles ont vécu, parce que finalement, la soumission chimique utilisée par les agresseurs leur enlève une partie de leur histoire. Et souvent, le problème des victimes, c'est qu'elles n'arrivent pas à collecter les preuves nécessaires qui vont leur permettre de faire reconnaître aux yeux de la société, ou même aux yeux de la justice, qu'elles ont été abusées, parce que les substances les auront complètement immobilisées d'une certaine façon.
Et donc, il y a des signes, des symptômes, des éléments qui doivent interpeller ?
Déjà, quand on ne se souvient pas exactement de ce qui s'est produit, ou qu'on se réveille habillée d'une certaine façon. On a quand même des symptômes qui alertent comme le manque de souvenirs. Après, il peut y avoir des traces physiques, des traces physiologiques. Et en fait, nous ce qu'on dit, c'est que si vous avez un doute, il faut investiguer ce doute. Et la seule façon de pouvoir collecter les preuves en temps réel, c'est d'aller faire des analyses d'urines, de sang et de cheveux. C'est vraiment important que les victimes s'autorisent à aller investiguer. Aujourd'hui, il y a une plateforme, un organisme qui s'appelle le Centre de référence des agressions facilité par les substances, qui a été fondé par le docteur Leïla Chaouachi pendant le procès de 2024 – le procès de mon père et de ses 50 autres co-accusés – qui permet justement aux victimes d'être entendues, d'être écoutées et d'être soutenues et de pouvoir bénéficier de ces analyses toxicologiques dans les meilleurs délais.
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Vous écrivez : « Aucune enquête n'est en mesure de comptabiliser de manière exhaustive le nombre de victimes en France. » C'est parce que les victimes ne se rappellent plus ou ne déposent pas plainte, à cause de tout ce que vous venez de dire ?
En fait, oui, dans la plupart des cas, les victimes ne portent pas plainte parce qu'elles ne s'autorisent pas à le faire, parce qu'elles n'ont pas la capacité psychologique et émotionnelle de le faire, parce qu'elles s'en veulent, parce que dans la plupart des cas, elles vivent avec un sentiment de doute, de honte... Et donc, oui, il y a une enquête nationale qui existe tous les ans, mais qui se base, si vous voulez, sur les cas recensés par les réquisitions judiciaires. On sait bien que la majorité des victimes ne portent pas plainte, ou bien parce qu'elles s'ignorent. Comme ça a été le cas pour ma maman pendant dix ans. Ma maman, si on ne lui montre pas les vidéos et les photos d'elle complètement assommée par ces médicaments, ça aurait pu encore durer