Reportage Afrique · 10 oct. 2026 · 2:21
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Au Tchad, faute de structures étatiques adaptées, ce sont des personnes de bonne volonté qui, avec des moyens dérisoires, prennent en charge les orphelins. Leur engagement illustre une solidarité remarquable, mais révèle aussi l'absence criante de dispositifs publics de protection. Exemple à Ndjamena, où Mianodji Tabitha Hawa a transformé sa propre concession en orphelinat en 2011 : l'orphelinat Apsoa.
De notre correspondant à Ndjamena,
L'orphelinat Apsoa se trouve dans le 8e arrondissement, dans le quartier N'Djari. Ce matin-là, une vingtaine d'enfants jouent dans la cour. D'autres prennent leur bouillie, tandis que la plus jeune, âgée d'à peine un mois, pleure sans répit. « Je suis obligée de la prendre. Elle veut toujours qu'on la prenne en main », confie Mianodji Tabitha Hawa.
La fondatrice de cet orphelinat est une ancienne employée de banque dans les années 1980. Mariée alors qu'elle n'avait que 12 ans, maltraitée, elle explique comment ses blessures l'ont poussée à se consacrer aux enfants abandonnés : « C'est une vision que j'ai eue en 2004, et j'ai essayé d'en parler à d'autres personnes pour qu'ils puissent m'aider. Ils n'ont pas pu. J'ai banalisé cela et jusqu'en 2009, la même vision m'est revenue encore. Je suis allée voir les veuves puisque j'étais veuve aussi, les veufs également, les personnes de bonne volonté. Et c'est en 2011 qu'on a eu l'autorisation de fonctionner. »
Dans une concession de 500 m² environ, composée de cinq chambres et d'un salon modestement aménagé, vivent 50 enfants. Une vingtaine de lits, des nattes posées au sol, un téléviseur, mais l'orphelinat n'a ni école, ni centre de santé. « Nous nous débrouillons avec les moyens du bord, explique Tabitha Hawa. Notre chef de communication a essayé de faire les communications en ligne, et les gens de bonne volonté viennent pour nous donner les Bic, les cahiers, ainsi de suite. Quand ils (les enfants, NDLR) tombent malades, on fait d'abord appel à notre petite caisse de pharmacie qui est à la maison. Et au cas où c'est plus que notre force, on est obligé de passer par l'hôpital, et nous-même, nous dépensons notre argent pour les soins. »
Et pour les moments de distraction, Laouré Paulin est là. C'est un rappeur et un ancien juriste. Il est tout acquis à la cause : « Nous les aidons dans la musique et nous faisons également plusieurs jeux pour pouvoir ouvrir leur esprit. Ces activités permettent également de véhiculer certaines valeurs, par exemple le respect, l'amour, la dignité. »
L'orphelinat dispose d'un terrain pour y construire une école, mais faute de partenaires financiers, le projet reste en suspens depuis des années. « Dans toute œuvre humaine, les difficultés ne manquent pas, confie la fondatrice. Il faut que tu aies les finances pour pouvoir faire ce genre de travail. Les soucis, c'est le fait que les enfants, les tout petits, marchent d'ici pour aller à l'école. »
Depuis 2011, Apsoa a accueilli près de 2 000 orphelins, sans distinction d'ethnie, de religion ou de sexe.