Reportage Afrique · 8 oct. 2026 · 2:37
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Un service gratuit pour l'écoute, la prise en charge médicale, psychologique, le suivi des femmes et jeunes victimes des violences... À l'hôpital Jamot de Yaoundé, les frais de consultation sont supportés par la fondation Françoise Puene pour la liberté. Cette organisation non gouvernementale (ONG) a aménagé des locaux dans ce centre hospitalier public spécialisé dans la santé mentale.
De notre correspondant à Yaoundé,
« Il est près de 14 heures, nous avons encore la salle d'attente bien garnie », lance-t-il. Le docteur Kamga Olen Jean-Pierre, médecin psychiatre, n'a pas enfilé sa blouse blanche aujourd'hui. Costume bleu, chapeau sur la tête, il nous conduit d'un pas tranquille vers un box de consultation du service de santé mentale de l'hôpital Jamot, à Yaoundé au Cameroun. « Dans ce box, nous recevons en priorité des personnes victimes des violences sociétales. Elles sont orientées ici, au service de santé mentale de l'hôpital Jamot. Elles sont exemptes de frais de consultation, et s'il y a des cas qui nécessitent une hospitalisation, c'est également gratuit », explique-t-il.
Le box fait cinq mètres carrés. Au coin d'un mur, un tableau représente une soignante qui accueille, tout sourire, une survivante des violences. Le docteur Kamga s'installe derrière sa table. Devant lui, un gros registre noir. « C'est un registre que nous avons voulu ouvrir pour avoir une traçabilité et pouvoir générer des statistiques de façon périodique. Nous avons ouvert ce registre le 8 juillet 2025, et ce jour-là, nous avons reçu une première victime de violences sociétales », précise-t-il. Treize noms seulement, bien loin de refléter l'ampleur des violences dans la société, indique-t-il.
Un tout petit nombre de victimes ose pousser la porte du centre d'écoute. Certaines assistent ce jour, dans une salle attenante de l'hôpital Jamot, aux échanges sur les féminicides. Marguerite a une vingtaine d'années. Elle a été mariée pendant deux ans. Elle reste discrète pendant les échanges. Puis, elle accepte de se confier. « Mon mari m'a isolée. C'est quand il a commencé à vouloir m'étrangler, c'est à ce moment que je me suis dit que ce n'est pas normal. Je me suis dit qu'en venant suivre cette conférence, ça va m'aider un peu à guérir de mes blessures psychologiques », raconte-t-elle.
« Ayons le courage de dénoncer, sachons que nous allons être protégées »Dans la salle, Anne-Cécile Nanga est habillée en judogi, la tenue de combat en judo. À ses côtés, trois autres femmes de l'association des pratiquantes des arts martiaux. « Je m'appelle Nanga Anne-Cécile, je suis pratiquante d'arts martiaux. Le message que nous voulons passer aux femmes, c'est qu'elles peuvent se défendre pour aller chercher de l'aide, pas pour affronter les hommes, explique-t-elle. Accompagner une initiative comme celle-ci, c'est dire que si ces femmes qu'on tue avaient quelques notions de self-défense, elles se seraient défendues pour sauver leur vie. »
Se défendre, certes, mais Françoise Puene, femme politique et fondatrice de l'ONG éponyme, appelle les femmes à briser le silence : « Désormais, ayons le courage de dénoncer, et sachons surtout que nous allons être protégées après cette dénonciation. Nous avons organisé cette table ronde pour vous rassurer, pour ne plus avoir peur de la stigmatisation, pour ne plus cacher ces gens-là qui vous violentent. Commençons. »
Une autre initiative est en préparation à Yaoundé pour les femmes victimes de violences : la construction de la Maison de l'espoir. Elles pourront y apprendre un métier et y être hébergées temporairement.
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