Psychiatrie Internationale · 2 avr. 2026 · 36:02
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Une vidéo nécessaire, avec mon confrère Alexis Bourla.
Je pense - à titre personnel - que les troubles cognitifs retrouvés dans la littérature sont un peu trop en décalage avec l’expérience des patients pour que ça soit satisfaisant pour les deux parties, mais j’aurai l’occasion d’en reparler.
Les bases
La sismothérapie (ou électroconvulsivothérapie, ECT), est encore une option thérapeutique salvatrice dans la dépression grave et la catatonie. Mais l’image populaire des « électrochocs » est toujours dominée par le cinéma, l’histoire de la psychiatrie et la peur des effets indésirables – surtout cognitifs.
Quand la situation est urgente, le choix est souvent simple. Mais les choses se compliquent quand les cliniciens ont affaire à une dépression chronique résistante. La controverse relancée en 2026 par Médiapart autour d’une patiente ayant reçu 85 séances d’ECT relance une question qui n’a pas de bonne réponse : Comment additionner l’efficacité clinique, le consentement, le fardeau du traitement d’entretien parfois nécessaire et les risques de perte de mémoire autobiographique ? Les discours varient d’un psychiatre à un autre, mais la littérature confirme que les effets sur la mémoire ne peuvent pas être réduits à un simple problème transitoire chez tous les patients.
Dans cette vidéo, on aborde la question de la dépression résistante, la catatonie, les mécanismes encore imparfaitement compris de l’ECT, les effets cognitifs, le risque suicidaire et la place de la sismothérapie dans une psychiatrie où l’accès aux soins est devenu profondément inégal. L’objectif n’est pas de transformer l’ECT en un traitement miracle ni en pratique barbare, mais de faire la différence entre la vérité de la controverse.
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À lire ensuite – risque suicidaire et controverses thérapeutiques
* Le risque suicidaire en pratique : Pourquoi les conclusions causales sur le suicide demandent plus de prudence qu’un récit clinique ou médiatique.
* Les antidépresseurs doublent les suicides ? : Un autre exemple de controverse où la qualité des données change radicalement la conclusion.
Sources scientifiques à lire
* Autobiographical memory after electroconvulsive therapy: systematic review and meta-analysis – Mémoire autobiographique après électroconvulsivothérapie : revue systématique et méta-analyse. Un papier récent montrant une perte de mémoire autobiographique mesurable après ECT, plus importante avec l’ECT bilatérale, avec les limites habituelles liées au petit nombre d’études et à leur caractère observationnel.
* Time matters for metas: a systematic review and meta-analysis of ect vs ketamine for depression incorporating time – Le temps compte dans les méta-analyses : revue systématique et méta-analyse de l’ECT versus kétamine dans la dépression intégrant le temps. Synthèse de 2026 qui suggère un effet plus rapide avec l’ECT lorsque la temporalité de la réponse est intégrée à l’analyse. Je ne suis pas convaincu de la pertinence clinique, j’en reparlerai.
* Electroconvulsive therapy reduces suicidality and all-cause mortality in refractory depression: A systematic review and meta-analysis of neurostimulation studies – L’électroconvulsivothérapie réduit la suicidalité et la mortalité toutes causes dans la dépression réfractaire : revue systématique et méta-analyse des études de neurostimulation – Synthèse qui retrouve moins de suicides et de décès chez les patients traités par ECT. Comme d’habitude, les données sont surtout observationnelles, ce qui limite les conclusions causales.
* Long-term dementia risk following electroconvulsive therapy: A GRADE-assessed systematic review and meta-analysis – Risque de démence à long terme après électroconvulsivothérapie : revue systématique et méta-analyse évaluée selon GRADE. Aucun signal d’augmentation globale du risque de démence après l’ECT.
* A Survey of 1144 ECT Recipients, Family Members and Friends: Does ECT Work? – Enquête auprès de 1 144 bénéficiaires d’ECT, membres de leur famille et amis : l’ECT fonctionne-t-elle ? Papier directement discuté dans la vidéo : important pour documenter des expériences négatives, mais son échantillonnage auto-sélectionné ne permet pas d’estimer l’efficacité ni la fréquence des effets indésirables de l’ECT dans l’ensemble des patients traités.
Les articles de médiapart sont disponibles ici
* Psychiatrie : une jeune femme subit 85 séances d’électrochocs et perd la mémoire
* L’intense lobbying de FondaMental, fondation privée devenue incontournable en psychiatrie
Épisodes: Psychiatrie Internationale