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Le choix musical de RFI

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«Bodies & Ideas» de Léon Phal, un jazz feel good pour traverser l'époque

Le choix musical de RFI · 1 oct. 2026 · 7:00

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Plein de bonnes ondes dans le choix musical du jour avec le nouvel album du saxophoniste franco-suisse Léon Phal, Bodies & Ideas. Quatrième opus d’un artiste qui s’impose peu à peu comme une référence de la nouvelle scène jazz française.

Léon Phal prend des risques sur ce disque, tant dans la prise de son que dans l'interprétation, plus libre et moins scolaire que sur ses albums précédents. Sur celui-ci, tout sonne très « live », comme si le public se trouvait au milieu du groupe et entendait exactement la même chose que les musiciens. Et malgré l'énergie joyeuse qui traverse l’ensemble, l’album cache en réalité de nombreuses angoisses sur l'état de la nature et du monde actuel.

 « Le cheminement de pensée était un peu plus dark que la musique en elle-même. C'est vrai que la musique a une énergie "feel good", elle a quelque chose d'assez solaire. C'était aussi pour contrebalancer ce que j'avais mis comme énergie à l'intérieur de l'album, qui est justement une prise de conscience de là où on en est dans l'humanité actuellement. C'est très dur pour tout le monde, vous, moi, tout le monde qui écoute. Le quotidien est vraiment pénible de plus en plus depuis quelques années. C'est une volonté de proposer une béquille aux gens, de pouvoir dire : "Aujourd'hui ça va bien se passer, on est ensemble." », explique Léon Phal.

Si Bodies & Ideas se veut une « safe place » rassurante, cette intention passe aussi par des morceaux qui ravivent des souvenirs précis, presque cinématographiques. C’est le cas du titre « Les Vacances », raconté par le saxophoniste : « Sur ce morceau, j'ai essayé de restituer le souvenir que j'avais clairement dans la Ford Mondeo break sans clim dans laquelle on partait en Italie. On faisait 2 000 bornes avec ma famille, à cinq dans la voiture. C'était pénible, mais cela ne l'était pas en réalité parce qu'on écoutait de bonnes musiques, beaucoup de reggae. Dans ce morceau, j'ai essayé de restituer un peu cet état second dans lequel on accepte notre condition. On essaie quand même de passer un bon moment. »

Entre rap et références italiennes

Sur le morceau « Pleine forêt », mis en avant dans la playlist RFI ce mois-ci, Léon Phal plonge son jazz dans du hip-hop et collabore avec la star montante du rap français Jungle Jack. Car le saxophoniste voulait absolument accueillir des voix sur ce disque, y compris une voix italienne, afin de renouer avec ses racines. Une envie concrétisée avec la chanteuse de Nu Guinea, Fabiana Martone, rencontrée à Naples.

Il raconte : « Naples est métissée dans ses cultures. Il y a eu énormément de colonisations : les Espagnols, les Français, les Italiens toujours. Mais les familles bourbons de colons qui ont fait la Guadeloupe, qui ont fait la traite des esclaves, la canne à sucre, ils se sont installés aussi à Naples. Il y a eu énormément d'esclavage et de trafic maritime. À chaque fois qu'il y a eu des colonisations, ils ont toujours laissé derrière eux de nombreuses cultures différentes, comme sur l'île de la Réunion. On a un peu cette même ambiance. Je me suis rendu compte que ce morceau est napolitain parce qu'il est à la fois brésilien, afrobeat, hip-hop, moderne, et à la fois ancien. Le chant en napolitain dessus vient vraiment égaliser tout cela, c'est génial. »

Si Léon Phal affirme peu à peu sa signature sonore, il continue également de multiplier les références artistiques dans son travail. Cela saute aux yeux dès le titre de l'album, Bodies & Ideas, clin d'œil au standard de jazz « Body and Soul » du saxophoniste américain Coleman Hawkins. Un morceau construit sur des arpèges allant du grave vers les aigus, comme un lien vertical entre le corps et l'esprit. La pochette du disque revisite quant à elle La Divine Comédie de Dante avec la porte des enfers, le purgatoire, et le monde des vivants représenté par une ville où il est écrit à l'entrée « Amor Vincet », l'amour vaincra.

Bodies & Ideas, le tout nouvel album du saxophoniste franco-suisse Léon Phal, sera défendu en concert à la Cigale, à Paris, le 19 janvier prochain.

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