Vlan! · 26 mai 2026 · 1:21:32
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Frédéric Samama est auteur de L'énigme de l'inaction climatique et pionnier de la finance verte et alors que nous vivons un de ces épisodes de canicule aujourd'hui, il m'a semblé essentiel d'essayer de comprendre pourquoi nous savons depuis 70 ans et nous ne faisons rien.
En 2009, il a monté le premier centre de recherche mondial sur la finance et le climat, lancé les premiers indices low carbone et créé la première coalition d'investisseurs à la COP21. Et pourtant, son livre ne parle pas de finance. Il parle de cerveau, d'histoire, de philosophie et d'une question qui l'obsède depuis cinq ans : pourquoi, sur un problème que tout le monde connaît, que l'on a créé, et qui nous menace en tant qu'espèce, on n'arrive pas à bouger ?
Dans cet épisode, nous parlons de neurosciences cognitives, d'inférence bayésienne, de moments fromages dans l'histoire de l'humanité, et du lien entre capitalisme, néolibéralisme et perte de nos réflexes moraux. J'ai questionné Frédéric sur l'overview effect des astronautes, sur Lévinas et la philosophie du visage, sur Jean Cavaillès et la résistance, et sur ce que tout ça dit de notre capacité à réinventer nos représentations du monde face à l'urgence climatique.
Citations marquantes1. Notre cerveau construit des modèles à partir de signaux — et s'y enferme L'inférence bayésienne selon Stanislas Dehaene : le cerveau observe des signaux et fabrique des lois du monde. Agassi qui lit le service de Becker, le bébé qui comprend la gravité, le rat dans le labyrinthe — tous fonctionnent pareil. Le problème : une fois le modèle établi, on arrête de le mettre à jour. On entre en surconfiance. C'est exactement ce qui se passe avec le climat : on sait, mais on ne change pas de modèle. (0:02:37)
2. L'histoire humaine s'est organisée autour de "moments fromages" — et le climat en exige un nouveau Deux grandes ruptures : l'agriculture et la science moderne (accès aux ressources naturelles), puis le néolibéralisme (accès aux ressources humaines mondiales). À chaque fois, l'humanité a réorganisé ses représentations. Le climat est la première fois qu'on nous demande de limiter l'accès aux ressources — un défi sans précédent pour des cerveaux conditionnés à l'expansion. (0:07:43)
3. Le capitalisme a délibérément mis la morale hors jeu Au XVIIe siècle, la grande question était : comment faire vivre des gens ensemble sans passer par la morale ou la religion, qui créent des guerres ? La réponse : l'intérêt personnel. Adam Smith, Montesquieu, Hirschman ont construit un système où l'égoïsme profite à la société. Ça a marché. Mais le climat est un problème moral (les plus faibles meurent en premier) — et on n'a plus les réflexes pour ça. (0:14:55)
4. L'overview effect comme signal de bascule possible Les astronautes dans l'espace deviennent poètes. Ils voient la planète fragile, belle, vivante. Frédéric propose ces trois perceptions comme signal capable de réécrire nos représentations. La fragilité déclenche la responsabilité (Lévinas). La beauté prépare à la morale (Kant). Le vivant nous réintègre dans la nature après des siècles d'extraction. Pas un programme politique — une hypothèse sur comment les cerveaux humains peuvent changer. (0:39:00)
5. Face à un enjeu moral, la question n'est plus l'espoir — c'est l'action Jean Cavaillès, philosophe-mathématicien résistant, incarne la réponse. En mai 1941, zéro espoir objectif. Et pourtant il agit — parce que face à un enjeu moral, la question n'est plus "quelle est la probabilité ?" mais "quelle est mon obligation ?". C'est la même logique que d'appeler les pompiers pour quelqu'un qui fait une crise cardiaque dont on sait qu'elle sera fatale. On agit. Pas parce qu'on espère, mais parce qu'on doit. (1:04:06)
Questions posées