Vlan! · 29 sept. 2026 · 1:09:26
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Iris Brey est autrice, critique de cinéma et réalisatrice. Elle publie cette année "Une réponse", un récit intime dans lequel elle raconte comment elle est devenue lesbienne, ce que l'inceste a laissé dans sa vie et la façon dont sa famille a réagi quand elle a parlé.
On a démarré par l'astrologie, parce qu'elle tacle les Sagittaire au début du livre et que j'en suis un. Puis on est passés au placenta, cette poche mouvante qui ouvre le récit et qui lui sert de métaphore pour l'écriture. Très vite, la conversation est devenue l'une des plus déplaçantes que j'aie eues sur Vlan!. Iris dit les choses sans détour, avec beaucoup de douceur et beaucoup de colère à la fois. Ça oblige à regarder sa propre vie autrement, surtout quand on est un homme hétérosexuel comme moi.
Dans cet épisode, nous parlons de la puissance d'une rupture amoureuse. On parle aussi de l'idée que l'hétérosexualité s'apprend, comme on apprend à performer un genre, et du coming in, ce concept d'Élodie Font qu'Iris trouve juste sans que ce soit tout à fait le sien. J'ai questionné Iris sur ce qu'elle a laissé derrière elle en quittant la norme : les talons, les vêtements qui serrent, le sac à main, le maquillage et surtout la charge mentale, qui a disparu de son quotidien. Elle raconte les conversations de couples hétéros entendues dans le train et les dîners bourgeois où l'on parle d'enfants et d'immobilier. À l'inverse, il y a les apéros entre familles lesbiennes, où l'on parle de la Biennale de Venise et où l'on s'organise pour garder les enfants. C'est en tous cas, sa manière de voir les choses.
On a parlé d'amitié entre hommes et femmes et du test de Bechdel, qu'elle a raconté dans son livre précédent. On a aussi parlé de repli identitaire. Mais également de l'inceste comme système de domination, bien plus que comme pédophilie. Une de ses phrases m'est restée longtemps après l'enregistrement : les gens sont toujours du côté du dominant. Iris explique comment elle a tout dit à son fils Otto, qui va avoir sept ans, et pourquoi il sait aujourd'hui nommer le harcèlement ou le racisme dans la cour de récréation. On finit sur l'érotisation de la violence dans la création et sur son envie d'ouvrir la porte à des génies qui ne seraient pas forcément méchants.
Citations marquantes1. L'hétérosexualité s'apprend, comme le genre (00:09:00)
Pour Iris, on ne naît pas homme ou femme, et le désir se construit de la même façon : on est toutes et tous éduqués à être hétérosexuels et à être heureux dans ce cadre. Très peu de récits montrent d'autres voies.
Pourquoi ça compte : la plupart des hétérosexuels ne se demandent jamais comment leur désir a été fabriqué. Poser la question ouvre de la liberté pour tout le monde, pas seulement pour les minorités.
2. Sortir de la norme, c'est écrire sa vie sans script (00:12:23)
Avec l'hétérosexualité, on attendait d'elle qu'elle trouve un garçon « sympa, beau et riche », puis un mariage, un enfant et un bien immobilier. Aujourd'hui, rien n'est écrit et c'est à elle de tout inventer. C'est une mise en danger, mais elle ne se sent plus du tout passive.
Pourquoi ça compte : on passe tellement de temps à défaire ce qu'on attend de nous qu'il en reste très peu pour penser à ce dont on a envie.
3. Le corps et la charge mentale, prix invisible de la féminité (00:15:07 et 00:20:30)
Talons, sac à main, maquillage, épilation, régimes : ces détails décident de la façon de marcher et de se déplacer, et de l'usage du temps et de l'argent. En partageant sa vie avec une femme, Iris découvre une existence sans charge mentale et sans conversations logistiques.
Pourquoi ça compte : sa vie d'aujourd'hui ressemble trait pour trait à la vie ordinaire d'un homme. Ça montre tout ce que portent les femmes.
4. On exclut celui qui dérange l'ordre (00:28:04 et 00:41:35)
Qu'on soit lesbienne ou victime d'inceste, dès qu'on devient « disruptif pour l'ordre », on est exclu au lieu d'être entendu. Dans l'inceste, c'est l'enfant qu'on éloigne, pas l'agresseur.
Pourquoi ça compte : pour se ranger du côté des victimes, il faut avoir déconstruit ses propres violences. Sinon, la société penche toujours vers le dominant.
5. L'inceste relève de la domination, pas de la pédophilie (00:39:25)
Iris s'appuie sur les enquêtes de l'anthropologue Dorothée Dussy : les agresseurs choisissent l'enfant perçu comme le plus faible, celui qui se taira. Et la façon dont on entre dans la sexualité marque toute la vie sexuelle adulte. C'est un lien qu'on refuse encore de penser.
Pourquoi ça compte : tant qu'on imagine le danger dehors, on ne voit pas que le plus souvent il se trouve dans le foyer.
6. Donner des mots aux enfants pour nommer la domination (00:57:03)
Iris a tout raconté à son fils, sans détails mais sans détour. Le premier jour de maternelle, il est rentré en disant qu'il détestait les femmes. Aujourd'hui, il nomme le harcèlement et le racisme dans la cour.
Pourquoi ça compte : si on ne déconstruit pas avec nos enfants, les violences se répètent. Elle n'élève pas un « petit woke », elle élève un citoyen.
7. Poser ses limites, quitte à perdre le job (00:49:40)
Devenir lesbienne lui a donné une assurance qu'elle n'avait pas. Elle dit stop à une remarque misogyne ou raciste, même face à quelqu'un dont elle a besoin pour