Vlan! · 31 mars 2026 · 1:05:26
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Mai Hua, réalisatrice et autrice est une amie et elle est venue plein de fois sur Vlan!
Elle a signé Les rivières et Make Me a Man, et sort aujourd'hui Mayday, un documentaire qui filme l'intérieur d'une retraite thérapeutique de 14 jours, sans électricité, sans réseaux sociaux, avec 12 personnes qui ne se connaissent pas et n'ont rien en commun.
Mai Hua est donc une amie proche. On se connaît depuis longtemps et j'attendais cet épisode avec impatience, parce que ce qu'elle explore touche exactement ce que j'essaie de mettre en mots depuis des années : comment retrouver de l'élan dans un monde qui semble faire tout pour nous l'enlever.
Dans cet épisode, nous parlons de la différence fondamentale entre développement personnel et soin collectif, de ce que ça fait de vivre sans téléphone pendant deux semaines, du rôle de la colère comme émotion mal comprise et puissante, et de pourquoi la joie est un acte politique, pas un sentiment léger.
J'ai questionné Mai Hua sur ce que le cinéma peut soigner que la thérapie ne peut pas, sur la manière dont les réseaux sociaux organisent notre séparation, et sur ce que les peuples racines ont compris que nous avons oublié. C'est une conversation sur le courage, au sens littéral : courage vient du mot cœur. Et c'est exactement ce dont il est question ici.
Citations marquantes1. Le collectif comme antidote, pas comme supplément Timestamp approximatif : 0:05:30 à 0:07:11 La retraite filmée dans Mayday n'est pas du développement personnel. C'est une proposition culturelle : changer les règles du vivre-ensemble pour voir ce que les individus deviennent quand la tribu a pour cœur de les guérir, et non de les rendre productifs. Le capitalisme a inversé ce paradigme. Filmer ça, c'est montrer qu'une autre logique existe, et qu'elle fonctionne.
2. La colère comme condition de l'intégrité Timestamp approximatif : 0:20:52 à 0:24:07 Réprimer la colère, c'est se couper d'une partie de soi. Dans une société de performance qui demande de gérer ses émotions, on devient "bonne personne" au sens social du terme mais on cesse d'être entier. La scène de la batte de baseball dans Mayday illustre ce que ça coûte de mettre cette émotion sous cloche, et ce que ça libère de la traverser.
3. La joie est révolutionnaire Timestamp approximatif : 0:33:54 à 0:34:42 La joie n'est pas un sentiment léger ni un luxe. C'est le carburant de la résistance. Elle est inconditionnelle, intérieure, accessible, mais son accès est obstrué. Ce que la retraite, le film et la conversation visent tous les trois : désinterdire l'accès à la joie dans un monde qui tire systématiquement vers les passions tristes.
4. L'écoute soigne plus que la parole Timestamp approximatif : 0:40:22 à 0:42:29 Le cercle s'appelle "cercle de paroles" mais c'est en réalité un cercle d'écoute. On parle une fois, on écoute vingt fois. Et c'est dans cet espace que quelque chose se libère : la parole de l'autre, quand elle circonscrît une vérité qu'on n'arrivait pas à formuler soi-même, agit comme de la magie. Delphine de Vigan l'a formulé ainsi : c'est un film qui parle du pouvoir des mots.
5. On devient ce qu'on cultive Timestamp approximatif : 0:51:05 à 0:53:13 Les humains sont hyper adaptables. La violence comme l'entraide sont des potentiels. Ce qui décide, c'est la culture dans laquelle on s'inscrit, ce qu'on choisit d'entretenir. La discipline de la joie, de la résistance, de la convivialité n'est pas naturelle dans ce monde, mais elle est possible et nécessaire.
Questions structurantes de l'interviewPersonnes et penseurs