Reportage Afrique · 29 sept. 2026 · 2:33
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Dernier épisode de cette série de Reportage Afrique, à Bille dans le delta du Niger. Depuis fin octobre 2025, une pollution au gaz touche ce grand village de pêcheurs accessible uniquement par bateau. Si beaucoup ont quitté cette communauté pour se reloger ailleurs, la majorité des 41 000 habitants estimés vivent toujours sur place à Bille, où colère et frustration montent à cause de la lenteur des réponses institutionnelles. Fin septembre 2026, Bille n'est toujours pas déclaré en état d'urgence, ni en localité victime d'une catastrophe. Malgré les promesses et les multiples visites d'officiels d'agences fédérales et de l'industrie pétrolière et gazière, aucune évacuation n'a été organisée, presque un an après cette crise écologique. À chaque instant, la survie de chaque habitant de cette localité est en jeu à cause de la toxicité de l'air et de l'eau.
De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt,
Pas loin du palais du monarque de Bille, quelques personnes célèbrent l'allumage d'un groupe électrogène. Via un raccordement de bric et de broc, cet appareil est relié à une canalisation abandonnée d'où s'échappe du gaz. Pourtant proche du Conseil des chefs de Bille, Boma Paul se garde d'intervenir.
« Même sur le groupe WhatsApp de la communauté, dès la première publication, les gens ont commencé à réagir car ils y voyaient une source de lumière. Certains donnaient des conseils, y compris les chefs, mais d'autres répliquaient en disant : ''Personne ne doit s'en mêler.'' Le gouvernement ne nous aide pas en matière d'électricité. Les entreprises pétrolières ne nous aident pas non plus. Maintenant que les gens ont de la lumière, vous voulez venir les en empêcher ? Vous allez voir, vous, ce qui va se passer si quelqu'un ose venir les empêcher d'utiliser ce gaz pour leur générateur », lâche-t-il.
Boma Paul sort de sa poche son smartphone pour montrer une vidéo datant de mai 2026. On y voit des hommes luttant avec des seaux d'eau contre des flammes s'échappant de canalisations. Depuis ce sinistre, les esprits sont à fleur de peau, en particulier ceux de la jeunesse de Bille. « La plupart des jeunes sont en colère. En fait, il a fallu que les chefs interviennent pour les calmer suffisamment pour que les gens puissent continuer à venir. Même vous, vous avez pu venir à Bille en ce moment. Car cela ne ferait qu'aggraver la situation et poserait des problèmes si on empêchait les gens de venir », souligne Boma Paul.
Cette colère consume également Erewarifagha Sokeipiri. Plusieurs mangroves, où cette quinquagénaire avait ses habitudes, sont polluées à cause du gaz. Erewarifagha ne pêche plus et n'a donc plus de revenu. Elle est désenchantée face à la lenteur des institutions nigérianes et au silence des entreprises pétrolières exploitant l'or noir autour de Bille.
« Quoi qu'il arrive dans ta vie, tu continues d'avancer, tant que Dieu est là. Les autorités d'ici peuvent être cruelles. On est au Nigeria. Elles ne se soucient pas de savoir où se trouvent ceux qui sont dans le besoin. Elles n'aident que ceux qui ont des relations. Je ne peux donc pas quitter ma maison. Que la situation soit bonne ou mauvaise, je m'en sortirai », confie-t-elle. Tous les jours, Erewarifagha et ses voisins passent devant le camion de pompier offert par la Compagnie nationale du pétrole. Ce véhicule rouge est garé en permanence, car trop massif pour les ruelles et les cours étroites.
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