Le
Festival de Cannes s’est terminé ce week-end avec sa célèbre
Palme d’or… mais une autre récompense gagne doucement en importance : les prix
Ecoprod.
Car derrière les tapis rouges et les paillettes, le
cinéma reste une industrie particulièrement polluante. Entre les
déplacements en avion, les
décors construits puis jetés, l’
énergie consommée sur les tournages ou encore la
logistique des équipes, l’impact écologique peut être énorme.
Selon l’association
Ecoprod, une heure de
contenu audiovisuel représenterait en moyenne
16 tonnes de CO2. Cela équivaut à environ
70 000 kilomètres parcourus en voiture thermique.
Face à ce constat, l’association Ecoprod accompagne depuis plusieurs années les professionnels du cinéma, de la télévision ou encore de l’animation pour encourager des
pratiques durables. Elle propose des outils, des formations, des labels… et remet chaque année des prix au Festival de Cannes.
Cette année, parmi les productions récompensées, on retrouve le film
Soudain du réalisateur japonais
Ryusuke Hamaguchi, avec notamment la Belge
Virginie Efira.
Au-delà du sujet du film - qui aborde les
maisons de repos et le
respect des personnes âgées - c’est aussi sa manière d’être produit qui a séduit le jury.
L’équipe a limité au maximum les
déplacements internationaux : beaucoup de réunions se sont déroulées à distance et une grande partie des techniciens ont été recrutés localement au Japon. Les décors ont également été pensés dans une
logique circulaire, avec du
mobilier de seconde main et des éléments laissés sur place après le tournage pour être réutilisés dans l’établissement ayant accueilli l’équipe.
Résultat : la production aurait réduit de
35 % les émissions carbone initialement prévues.
Autre projet remarqué : le film belge
Notre salut, réalisé par
Emmanuel Marre et situé dans les années 40 sous le
régime de Vichy.
Là aussi, la
démarche écologique a influencé directement les
choix artistiques.
Plutôt que de reconstruire entièrement des
décors historiques, l’équipe a tourné dans des
lieux authentiques soigneusement repérés à l’avance. Pour éviter d’avoir à transformer tout l’environnement moderne autour des bâtiments - voitures, panneaux, enseignes - le réalisateur a privilégié des
plans serrés et de nombreuses
scènes en intérieur.
Une
contrainte écologique devenue… un véritable
parti pris esthétique.
Même la
cantine du tournage a été pensée différemment :
produits locaux,
de saison, menus majoritairement végétariens et collaboration avec un
prestataire régional engagé.
Mais au final, le plus gros impact écologique de l’
audiovisuel ne vient même pas toujours du tournage lui-même.
Il vient du
streaming.
Le
stockage des vidéos, les
serveurs mobilisés et les
flux de données qui transitent en permanence dans le monde entier représentent aujourd’hui une
empreinte carbone gigantesque.
D’où l’importance d’agir aussi à la source : dès la
production des œuvres.
Et dans le cinéma, un seul poste peut parfois représenter jusqu’à
80 % des émissions carbone d’un tournage : les
transports.
Comme quoi, derrière la magie du grand écran, il y a aussi tout un travail de réinvention pour imaginer un
cinéma plus durable.
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